Call for Papers : Les terrains du genre

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Colloque « Les terrains du genre »

Organisé par le Cevipol (ULB) en collaboration avec STRIGES (ULB) et le GREG (UCLouvain)

Bruxelles, 23-24 Juin 2022

Les questions autour de la place du genre dans l’enquête de terrain représentent une ambivalence, voire un paradoxe intéressant dans le travail du chercheur et de la chercheuse. Si elles attisent un intérêt croissant d’un point de vue méthodologique en sciences humaines et sociales, les considérations de genre sont très souvent neutralisées dans l’analyse du matériel empirique lui-même. Au demeurant, la grande majorité de ces réflexions émanent de chercheuses confrontées à des terrains marqués par une forte présence masculine. Dans le cadre de cette conférence, nous envisageons une définition plus inclusive du genre, englobant tant le rapport des enquêteur·trices avec leurs sujets d’étude respectifs que la dimension potentiellement sexuelle/sexualisée de ces interactions, afin d’en mesurer et d’en observer l’impact.
Cette conférence vise donc à engager la conversation sur ces questions, invitant chercheurs et chercheuses à se confronter aux expériences individuelles. Elle vise également à poursuivre ces réflexions en confrontant le·la chercheur·euse à son genre et à son impact sur l’enquête de terrain, du premier contact à l’aboutissement du travail d’enquête et au-delà. De cette façon, il s’agira de réfléchir aux conditions d’accès ainsi qu’au déroulé de l’enquête, jusqu’aux implications sur les données produites et sur la sortie du terrain. Certaines questions seront abordées, notamment celle de la pratique du terrain (Axe 1) et celle du contexte du terrain (Axe 2). Quel est l’impact du genre sur l’accès au terrain et aux enquêté·es ? Comment traiter la question du contexte dans lequel se produit l’entretien ? Et comment pallier les difficultés qui peuvent découler des relations de genre pendant l’enquête de terrain ? En posant ces questions générales, le thème du genre dans l’enquête de terrain s’ouvre à de nombreuses contributions visant à présenter des recherches empiriques portant sur différents contextes et groupes sociaux, enrichissant ainsi les discussions et confrontant les diverses expériences de terrain.


L’objectif de ces journées sera donc de partager des expériences de terrain autour de cette thématique, de mieux comprendre comment les chercheurs et chercheuses s’en saisissent à la fois dans leurs méthodes et dans l’analyse des données empiriques, mais aussi dans l’écriture. La mise en récit des expériences de rapports de genre et de sexualité entre enquêteurs·rices et enquêté·es étant souvent écartée ou censurée dans les travaux scientifiques, il s’agira de reconsidérer leur place et leur intérêt dans la production académique. Ces questionnements seront abordés sous deux axes principaux et à travers quatre grandes thématiques.
Nous encourageons les propositions de chercheurs·euses en début de parcours, de chercheurs·euses expérimenté·es dans différents domaines, que ce soit les sciences humaines et sociales, le journalisme, l’architecture et l’urbanisme ou tout autre domaine touché par ces questions de genre. Nous accueillons des propositions pluridisciplinaires et interdisciplinaires en français et en anglais.


La date limite pour l’envoi des propositions (200 mots) est fixée au 15 mars 2022. Veuillez les envoyer par email en mentionnant la thématique pour laquelle vous postulez et avec pour objet « Colloque les terrains du genre », à genderedfields2022@outlook.com. Dans le corps du mail, veuillez mentionner votre domaine de recherche, votre statut et votre université de rattachement. Les papiers finaux (7000 mots) sont attendus pour le 2 juin 2022.

 

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AXE 1 : Genre et terrain : pratiques et expériences

Thème 1 : Le genre dans l’expérience de terrain
Dans cet axe, il s’agira d’aborder les stratégies utilisées par les chercheurs et chercheuses pour accéder au terrain et aux enquêté·es. La question des rapports de genre et la façon dont ils peuvent représenter un avantage ou un inconvénient pour fonder une relation de confiance avec les enquêté·es sera abordée à travers des témoignages de terrain. Cette perspective invite alors à faire part des difficultés ou facilités rencontrées sur le terrain, qu’il s’agisse d’un accès entravé au terrain, de la gêne ou de l’embarras parfois ressentis lors d’entretiens, mais aussi des pratiques utilisées pour les contourner ou les éviter, telles que les stratégies de présentation de soi.

Thème 2 : Repenser la place (inattendue) du genre dans l’analyse des données
Ici, l’objectif sera d’aborder la prise en compte du genre dans la relation d’enquête et de s’interroger sur la revalorisation de sa place dans la recherche et l’analyse des données en sciences sociales. La confrontation aux effets de domination engendrés par le genre peut amener certain·es chercheurs·euses à introduire ce paramètre, auparavant inexploré, à leurs recherches. Dès lors, quelle place attribuer au genre dans les résultats collectés ? Comment ce paramètre s’articule-t-il, dans une logique intersectionnelle ou non, aux propriétés sociales, raciales et économiques des enquêté·es.

AXE 2 : La place de l’espace et des violences dans l’enquête de terrain

Thème 3 : L’enjeu spatial dans les rapports de genre
A travers cet axe, nous proposons d’explorer la dimension « située » des rapports de genre inscrits sur le terrain. L’espace, produit et reflet des dominations sociales, raciales et de genre n’est pas un décor fixe et inanimé : il influence les pratiques, expériences et perceptions des enquêté·es mais aussi des enquêteurs·rices. Le terrain est alors appréhendé comme un espace vécu et pratiqué par les acteurs⸱rices sociaux⸱les, dans lequel s’ancrent des relations de pouvoir. Les lieux modulent les relations de genre et les propos des enquêté·es, selon qu’ils relèvent d’un environnement familier ou hostile. Les propositions pour ce thème peuvent aussi bien porter sur les effets de l’espace de terrain sur les rapports de genre engendrés par la réalisation d’un terrain d’enquête lointain, que sur les effets de l’agencement spatial et matériel sur la relation d’enquête lors d’entretiens ou d’observations.

Thème 4 : Restituer la violence vécue sur le terrain
Les terrains, violents ou non, peuvent mettre le chercheur ou la chercheuse à l’épreuve. Comment traiter les violences de genre vécues sur le terrain ? Certains font part d’expériences désagréables ou violentes vécues sur le terrain mais ne sont guère en mesure de les expliciter. Le travail de recherche semble alors inapproprié pour exposer ces expériences, alors même qu’elles peuvent avoir des conséquences sur la production scientifique. Reléguées au domaine de l’intime, celles-ci sont censurées par crainte d’une dévalorisation de sa personne, réduite au statut de « victime ». L’isolement induit par le silence, est sans doute renforcé et accentué lorsque le terrain de recherche est fortement marqué par la violence - quelle qu’elle soit - laquelle conduit à relativiser sa propre situation. Quelle place donner à la violence de genre dans le travail académique ? En quoi le travail académique peut-il être perturbé par ces expériences de violence sur le terrain ?

 

‘Gendered fields’ colloquium

Organised by the Cevipol (ULB) in collaboration with STRIGES (ULB) and the GREG (UCLouvain)

Brussels, 23-24 June 2022

Questions regarding the place of gender in fieldwork are interestingly ambivalent and sometimes even contradictory within the work of the researcher. Although there has been a growing interest in how gender shapes fieldwork experience(s) from a methodological point of view, particularly in the humanities, these gender considerations are very often neutralised in the analysis of the empirical material itself. Moreover, the vast majority of these reflections come from female researchers confronted with fields marked by a strong male presence. In the context of this colloquium, we envisage a broader and more inclusive interpretation of gender, encompassing both the relationship between male, female and non-binary investigators with their respective subjects of study, as well as the potential link between gender and sexuality in shaping field interactions, in order to measure and observe their impact.


This conference therefore aims to start a conversation about these issues, inviting researchers to share their experiences. It also seeks to deepen these reflections by confronting the researcher with their own gender and its impact on fieldwork, from the first contact to the leaving the field and beyond. In this way, we wish to reflect on the conditions of access to the field as well as on the course of the investigation, all the way up to the implications on the data produced and on the exit from the field. Particular questions will be addressed, notably that of the practice of fieldwork (Axis 1) and that of the context in which fieldwork is conducted (Axis 2). What is the impact of gender on access to the field and to its respondents? How can we deal with the issue of the context(s) in which the interviews take place? And how can we overcome the difficulties that may arise from gender relations during fieldwork? By posing these general questions, the topic of gender in fieldwork welcomes numerous contributions aimed at presenting empirical research on different contexts and with different social groups, thus enriching the discussions and confronting diverse field experiences.
The ambition of this two-day colloquium will be to share field experiences through the topic of gender, in an interdisciplinary manner, to better understand how researchers deal with them in their methods, in the analysis of empirical data but also in their writing. As the narration of field experiences relating to gender and sexuality between investigators and respondents is often ignored or censored in scientific work, the aim here is to reconsider its place and interest in academic production. These questions will be addressed following two main axes and through four major themes.


We encourage proposals from early-career and experienced researchers alike, from different fields, be it from the humanities and social sciences, journalism, architecture and urban planning or any other field concerned gender issues. We welcome multidisciplinary and interdisciplinary proposals in both French and English.
The deadline for submitting proposals (max. 200 words) is 15 March 2022. Please send your proposal by email, mentioning the theme you are applying for, with the subject line ‘Gendered Fields Colloquium’ to genderedfields2022@outlook.com. Please also mention your field of expertise, your position and your university. Final papers (max. 7000 words) are due by 2 June 2022.

 

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AXIS 1: Gender and the field: practices and experiences

Theme 1: Gender and field experience
This theme addresses the strategies used by researchers to access the field and its respondents. The question of gender relations and the way in which they can represent an advantage or a disadvantage in establishing a relationship of trust with respondents will be addressed through field testimonies. This perspective then invites us to share the possible difficulties encountered on the field: whether they may hinder or prohibit access to the field, provoke embarrassment or awkwardness (sometimes felt on the spot during interviews), but also to share best practices used to circumvent or avoid them, including strategies of self-presentation.

Theme 2: Rethinking the (unexpected) place of gender in data analysis
The aim here is to consider the place of gender within the investigative relationship and to question the revaluation of its place in research and data analysis. The confrontation with the power relations produced by gender may encourage some researchers to introduce this previously unexplored parameter into their research. What place should gender have in the results collected? How does this parameter relate, within an intersectional logic or not, to the social, racial and economic properties of the respondents?

AXIS 2: The place of space and violence in fieldwork

Theme 3: The spatial issue in gender relations
Through this theme, we propose to explore the situated dimension of gender relations in the field. Space, the product and reflection of social, racial and gender dominations, is not a fixed and inanimate setting: it influences the practices, experiences and perceptions of both the respondents and the researcher. The field is then understood as a space which is experienced and practised by social actors and in which power relations are anchored and/or negotiated. Places modulate gender relations and the statements of respondents, depending on whether they are in a familiar or hostile environment. Proposals for this theme can focus on the effects of the field’s space(s) on gender relations generated by the realization of a distant field of investigation as well as on the effects of the spatial and material arrangement on the investigative relationship might it be during interviews and/or observations.

Theme 4: Considering the violence experienced in the field
Research fields, violent or not, can put the researcher to the test. How to deal with gender- based violence experienced in the field? Many researchers report unpleasant or violent experiences in the field but are hardly able to make them explicit. The research process then seems inappropriate for exposing these experiences, even though they may have consequences for and on scientific production. Relegated to the intimate sphere, these experiences are often dismissed out of fear of devaluing the researcher, who would then be reduced to the status of ‘victim’. The isolation induced by silence is undoubtedly reinforced and accentuated when the researcher carries out their research in environments strongly marked by violence – whichever they may be – which leads to their own situation being put into perspective. What place should be given to gender violence in academic work? How can academic work be disrupted by these experiences of violence in the field?